« J’aime l’accident, l’inattendu dans une photo. C’est vraiment un équilibre délicat entre contrôle et lâcher-prise. » – Amélie Ambroise
Amélie Ambroise est une photographe et artiste dont le travail oscille entre la mode, la photographie et l'expérimentation physique avec les matériaux.
Deux pieds nus se meuvent sur un parquet sombre, saisis dans un instant de mouvement fluide. Prise en monochrome, la superposition expositions et le flou de mouvement dessinent les contours de la danseuse, tandis que des couches de tissu translucide ondulent autour de son corps. Bien qu'il s'agisse en apparence d'une photographie, l'image évoque davantage une expérience physique. Texture, mouvement et lumière s'unissent pour transformer un instant fugace en une expérience tactile et durable, incarnant l'approche instinctive et concrète qui caractérise l'œuvre d'Ambroise.
Ambroise a toujours su qu'elle se destinait à une carrière créative, même si elle ignorait encore quelle forme elle prendrait. Après le lycée, elle s'est inscrite dans une école de photographie et, comme elle le dit elle-même, « finalement, je n'ai jamais arrêté ».
Ses sept années de travail en tant qu'opératrice numérique pour le grand Peter Lindbergh Cela a eu un impact encore plus profond sur sa façon d'aborder son travail. Au-delà de ses photographies, elle se souvient de l'atmosphère qui régnait lors de ses séances : joyeuse, simple et sans prétention. Elle était frappée par la façon dont les gens réagissaient à la présence de Lindbergh, même ceux réputés difficiles ou exigeants. « Oui, je crois que c'est la plus grande leçon qu'il m'ait transmise : rester simple et sans prétention. Se concentrer sur l'émotion et la création de l'image ; tout le reste importe peu. »
Cette même simplicité se retrouve dans sa vie à la campagne, où sa maison est entourée de champs. Elle est très attentive à la nature, à la lumière, au cycle des saisons et au jardinage. Très manuelle, elle occupe son temps avec des travaux de plâtrerie, de vannerie, de broderie et d'animation image par image. « J'ai besoin d'avoir les mains occupées », dit-elle. « C'est de là que viennent les idées. » Pour Ambroise, l'espace est devenu un luxe en soi : « Avoir de l'espace, c'est mon luxe quotidien. »
Ses influences vont de la photographie de Sarah Moon aux films de Michel Gondry, tandis que la danse et le corps en mouvement jouent également un rôle important dans sa conception des images. Cet intérêt pour le mouvement se retrouve de plus en plus dans son travail, notamment à travers la vidéo.
Lorsqu'elle prend une photo, Ambroise commence généralement par une idée vague et quelques croquis, mais laisse délibérément place à l'improvisation. Elle ne souhaite pas dicter chaque détail, préférant laisser au modèle et au reste de l'équipe la liberté d'interpréter l'idée et de l'emmener potentiellement vers des horizons inattendus. « J'aime l'accident, l'inattendu dans une photo. C'est un équilibre subtil entre contrôle et lâcher-prise. » Au final, elle se fie à son œil et à son instinct pour prendre la décision finale.
Cette approche pratique se retrouve également dans les étapes qui suivent la prise de vue. Pour Ambroise, la post-production est aussi importante que le processus de prise de vue lui-même. Elle imprime, plie, dessine et retravaille ses photographies, réintégrant ainsi le processus physique de création dans l'image.
Le papier est devenu un matériau particulièrement important. « J’adore le papier, sa texture et ce qu’il peut apporter à un projet », explique-t-elle. « Ce que j’apprécie le plus, c’est le côté sur mesure ; il n’y a pas de solution toute faite, chaque projet est différent et mérite une attention particulière. »
Plus récemment, Ambroise a transposé cette approche en vidéo avec ce qu'elle appelle son « carnet de croquis animé ». Elle a entamé ce projet afin d'expérimenter différentes techniques et de trouver une forme de réalisation vidéo qui lui soit naturelle en tant que photographe. Plutôt que d'aborder la vidéo comme une cinéaste, elle souhaitait créer du point de vue d'une photographe, en prenant le temps d'explorer et d'expérimenter. C'est un autre espace où elle peut expérimenter, développer sa propre méthode de travail et, surtout, laisser place à l'inattendu.
Toutes les images © Amélie Ambroise